dimanche 16 octobre 2011

Mon premier Marathon - La course (2 de 3)

Petit rappel : Après l'annulation du Marathon des deux rives de Québec un mois plus tôt, j'avais l'objectif de parcourir les 42,2 kilomètres du Marathon Oasis de Montréal 2011 en moins de quatre heures. Un temps de trois heures, 59 minutes et 59 secondes auraient été amplement satisfaisant pour mon premier marathon!! Selon mes temps à l'entraînement, je pouvais même rêver d'un 3h50min. Par contre, mon volume hebdomadaire n'était pas suffisant et surtout je n'avais aucune idée à quoi m'attendre!! Transport, hébergement, hydratation, nutrition, température, profil du parcours, mon corps, mes accessoires et le fameux mur??? Pour plus de détails, voir Mon premier Marathon - La préparation (1 de 3).

Et maintenant, ce que vous voulez savoir: "Pis la course? As-tu réussi?" :)

DÉSOLÉ, Y'A UN BUG DANS DANS BLOGGER ET J'ARRIVE PAS A FAIRE LA MISE EN PAGE COMME DUMONDE!!

Généralement, il est recommandé de faire un négative split. Soit de courir la deuxième portion du marathon à un rythme légèrement supérieur à la première moitié. Pour atteindre mon objectif, j'aurais donc pu choisir de faire 2h02 et 1h58 respectivement, c'est-à-dire de débuter par un pace de 5 min 47 secondes du kilomètres pour les 21,1 premiers kilomètres et finir avec 5 min 36 sec/km pour les 21,1 derniers km. En fait je m'étais fixé quatre niveaux d'objectifs:
1- Minimum - Finir la course, pour un premier marathon, c'est déjà bon!!
2- Réaliste - En bas de 4 heures.
3- Si tout va bien - En 3h 50 min!!
4- Optimiste - En 3h 45 min dans une journée parfaite.

La logique météo, du parcours et de mon volume d'entraînement auraient dû m'indiquer de viser 5 min 41sec/km, sachant que la chaleur et l’ascension en deuxième demi du parcours équivaudraient pratiquement à un négative split, puisque l'effort à fournir sera plus grand. Encore mieux, je n'avais qu'à suivre le lapin de 4h00!!

Selon le site du marathon de Montréal: "Les meneurs d’allure, ou « pace-runners », sont des coureurs d’expérience qui joueront le rôle de « lapin », c’est-à-dire qu’ils courront devant vous à la cadence du temps que vous vous êtes fixé. Ils porteront une affiche avec oreilles de lapin sur laquelle sera inscrit le temps visé. Il y aura des meneurs d’allure pour ceux et celles qui veulent réaliser un temps de : 3:30, 3:45, 4:00, 4:15, 4:30 et 4:45. Ils vous prodigueront aussi durant la course, conseils et encouragements."
Mais l'ambition du néophyte m'a plutôt indiquée de suivre la lapin de 3h45 (5 min 20 sec/km) en me disant, qu'au pire, il me restera 15 minutes de plus dans la deuxième moitié (6 min 03 sec/km) pour atteindre mon 4h00 (5 min 41 sec/km de moyenne), pis si ça va bien, je ferai mieux et c'est tout!! :) C'est effectivement ce que j'ai fait pour débuter. Le départ a eu lieu sur le pont Jacques-Cartier, mais à peine quelques centaines de mètres plus loin, la descente était amorcée vers l'île Sainte-Hélène. Je profitais de mon autonomie en eau pour prendre quelques secondes d'avance aux points d'eau et économiser mes énergies le temps que le groupe du lapin de 3h45 me rejoigne à nouveau.

Avec mes quelques secondes d'avance après un ravito, c'est quand même amusant de voir son lapin au 7e kilomètre vous dépasser, sans ses oreilles de lapin et son affiche, arrêter faire une pause pipi derrière un mur de protection du circuit Gilles-Villeneuve!! Pour ensuite reprendre la cadence et vous rattrapez comme si de rien n'était!! C'est parce que je fais une course moi-là le gros!! :) Peu après, en franchissant la ligne de départ dudit circuit automobile, j'ai pris le temps de me retourner pour observer le fameux "Salut Gilles" peinturé sur le sol, question d'ajouter un peu de motivation à l'effort!! Quel beau trip je suis en train de vivre!!

Comme prévu, après une heure de course, je prends mon premier gel. Il traîne dans mon Camelbak que j'enlève et remet en gardant le rythme. Un 2e gel suivra 45 minutes plus tard. Je continu de m'hydrater convenablement en évitant la cohue des points de ravitaillement. J'ai conservé la cadence une quinzaine de kilomètre en franchissant le premier demi-marathon de 21,1 km en 1 heure 55 minutes et 40 secondes, soit un pas moyen de 5 min 29 sec/km et avec seulement 18 secondes de retard sur mon lapin!! En fait, j'étais supposé avoir 3 minutes de retard, mais mon lapin, Jean-Philippe Leclerc, a eu quelques ennuis avec sa montre GPS, comme il l'explique dans son blogue, oups. Peu importe, ça faisait mon affaire, car je sentais que je ne tiendrais pas la cadence. Je savais que je ne maintiendrais pas se rythme encore longtemps, chaque kilomètre s'étirant de quelques secondes de plus. Je me demandais aussi comment je faisais pour suivre le lapin avec mes kilomètres chronométrés avec 5-6 secondes de retard tour après tour. Disons que c'était pas ben ben le temps de faire des mathématiques et je m'accrocherai le plus longtemps possible. Ça va quand même bien et juste à penser que je pourrais faire un bon temps, les émotions remontent!!

De plus en plus, la pression se faisait sentir... dans ma vessie!! J'avais l'impression que cette envie traînée sur quelques kilomètres mettrait fin à ma course si je ne faisais pas quelque chose. Moi qui a de la misère à ralentir 3 secondes pour prendre un verre d'eau, j'ai tout de même pris la décision d'arrêter me soulager. Je cherche un endroit pas trop achalandé avec de la verdure. Pas trop évident, on est à Montréal!! Contrairement aux 15-20 premiers kilomètres, il y a des gens pour encourager les coureurs tout au long du parcours. Heureusement, deux belles toilettes bleues en vue un peu avant les ravitos du 23e km. Pas de line up en plus. Pas de chance, le loquet rouge indique que je ne suis pas le premier à avoir les yeux qui commence à devenir jaune. Par contre, une d'elle est à côté d'un bel arbre et un petit buisson pouvant m'accueillir et de quoi passer incognito. Pipi, check!! J'ai perdu un beau 45 secondes, mais je me dis que je vais le regagner facilement sur les 19 km qui restent en pouvant courir à mon aise!! C'est dont ben long faire pipi quand le temps compte!!

C'est environ au 25e kilomètre que j'ai commencé à trouver ça plus difficile. Depuis une dizaine de minutes, j'étais artificiellement motivé par l'énergie des coureurs du demi-marathon qui nous rattrapaient comme prévu - voir Mon premier Marathon - La préparation (2 de 3). C'est vraiment particulier de courir à gauche des cônes orange qui délimitent le parcours entre les marathoniens et les demi-marathoniens qui sont plus rapides du côté droit du parcours. Eux en groupe dense, nous relativement clairsemés. J'admire leur énergie de début de course, alors que je n'ai que la moitié de faite. Pourtant, nous partagerons la même ligne d'arrivée. Bon signe, cette pensée me fait encore sourire. Je me permets même d'encourager les coureurs que je dépasse tranquillement et que je vois souffrir de plus en plus. Leur route sera encore longue. La mienne aussi. Ces petits encouragements me motivent également pour quelques kilomètres. Je suis fier de mon entraînement qui porte fruit tranquillement pas vite!!

C'est donc au 25e km que j'ai choisi (c'est un bien grand mot) de ralentir la cadence et gérer mon énergie. En fait je commence à courir au feeling d'une part, et je fais ce que je peux d'autre part. La vérité c'est qu'on entame la côte Berri et ça continu sur plus de 5 km de montée. Si j'ai fait les 25 premiers kilos en 5 min 31 sec/km, les 9 prochains seront plutôt à 6 min 14sec/km. J'ai donc perdu près de 45 secondes du kilomètre jusqu'au 34e kilomètre de course. Par le plus grand des hasards, j'ai retrouvé cette vidéo de 37 secondes, au moment même où je passais près du parc Lafontaine. J'apparais péniblement, tout au fond, de la 17e à la 21e seconde. Je suis la petite bébitte bleue aux souliers de course orange!! Les dossards verts font le demi-marathon et les dossards rouges font le marathon. Ça donne une idée :)


Comme si c'était pas suffisant, en plus du parcours ascendant, le couvert nuageux et les 17-18 degrés Celsius des deux premières heures nous quittent pour faire place à un beau soleil chaleureux. On a sûrement franchi le 20oC et ça me semble plus humide. Superbe journée pour regarder une course!! Mais pour la faire... c'est de moins en moins évident de se refroidir et il faut s'hydrater de plus en plus. Au moins j'ai pas frappé le mur... mais ça commence à être tough. Pas vraiment de douleurs. Une légère sensibilité au pied douloureux de la semaine dernière, mais à peine perceptible, il tient le coup. C'est pas dans ma top liste des choses à gérer pour le moment.  Par contre, j'ai moins d'énergie et une fatigue s'installe.

Parcours et profil - Marathon de Montréal Oasis 2011
Le chum de ma soeur fait le demi-marathon. J'avais calculé qu'avec son temps du demi de Québec en août dernier et son départ 2 heures après celui du présent marathon, on finirait possiblement pratiquement en même temps si tout allait bien et si les heures de départ étaient respectées. Lorsqu'il m'a dépassé, probablement vers le 30e km, j'étais pas très jaseux, avec près de 3 heures de course dans le corps et un petit manque d'énergie. J'étais dû pour mon 4e gel, ayant pris mon 3e après 2 heures et 15 minutes. Lui qui avait l'air content de me croiser et avec une belle énergie. J'ai essayé de m'accrocher un peu, mais c'était pas le moment de pousser, au contraire. Je l'ai laissé filer, je pouvais pas suivre. À ce moment, on commence à se poser des questions, on se demande quel est notre pace, le temps qui reste, où on est rendu et on profites de moins en moins du parcours.


Gilles Lamontagne est toujours à 199 marathons en... (Le Soleil, Pascal Ratthé)
Gilles Lamontagne
Source: Cyberpresse
À certains moments par contre, c'est plaisant de voir la foule. Certains avec des pancartes pour encourager leur coureur favori. D'autres qui crient et applaudissent. Souvent, des petites familles qui viennent voir papa ou maman. Chaque fois que j'ai l'occasion, je m'approche d'eux, surtout les enfants qui aiment bien se faire taper dans la main par un coureur. En échange, ils me donnent une petite dose d'énergie qui me permet de faire un petit bout de chemin supplémentaire. À Québec, je devais faire mon premier marathon en même temps que M. Gilles Lamontagne, qui lui allait franchir son 200e en carrière!! Malheureusement, la suite de l'ouragan Irène a forcé l'annulation de celui-ci.

Albert Miclette
Source: Canada Français
Qu'à cela ne tienne, j'aurai l'honneur de faire mon premier marathon alors que M. Albert Miclette fera son 100e!! Ce dernier avait même des supporteurs qui se sont déplacés à au moins 3 reprises, car je les ai aperçu le long du parcours. J'ai aussi été indirectement encouragé par Yves Soutière à deux reprises et même Michel Rivard avec son chien!! À un moment donné j'ai croisé un escabeau avec Linda Malo qui aspergeait les gens avec son boyau d'arrosoir. Entoucas si c'était pas elle, elle lui ressemblait... y faisait chaud et ça l'a fait du bien!! :)


Michel Rivard
Source: Québec Hebdo

Yves Soutière
Source: Agence Hubert-Godard
Linda Malo
Source: Agence Robitaille






Ceci étant dit, mon 35e kilomètre est vraiment pas facile, j'en suis à 7 min/km. Je suis en mode économie d'énergie. Comme si c'était pas assez, j'ai ben de la misère avec mon Camelbak. Les sangles se desserrent de plus en plus rapidement. J'ai de plus en plus de misère à me concentrer pour les resserrer. Je cours en tenant mes ganses, ça change le mal de place, mais je suis pas très à l'aise. J'endure le battement du kilo d'eau qui reste dans mon dos. Comble de malheur, une attache qui tient une ganse se détache. Je refuse de m'arrêter. Je réussi tant bien que mal à la réinstaller. Ouf, quel soulagement. Je cours pas plus vite par contre. Je commence à regarder la pointe de mes pieds pour continuer d'avancer. Je sais plus où je suis trop trop sur le parcours. Je m'en fou, je suis brûlé. J'ai pas vraiment mal, je suis mort. Pas de jus. Je fais des demi pas on dirait. Le talon de mon pied gauche peine à dépasser le bout des orteils de mon pied droit et vice-versa!! À côté de moi, le vent des coureurs de demi-marathon siffle au fur et à mesure qu'ils me dépassent. Ils sont des centaines. Il leur reste 6 ou 7 kilomètres. Moi aussi. J'en peu plus. Qu'est-ce que je fais? Je veux pas arrêter.

Faut se rendre à l'évidence, je peux pas continuer comme ça. Ça y'est, faut que je m'arrête. Je marche. Pas vite. Y'a un petit pont avec un garde-fou. C'est parfait pour se tenir. J'arrête. D'un élan maladroit, je tente d'aller chercher ma jambe gauche pour l'étirer un peu, mais le genou plie à peine. Je fini par réussir. J'étire les deux jambes une trentaine de seconde, puis un deuxième coup. J'ai sûrement perdu une minute ou deux à faire du sur place. Je m'en fou. Je suis tanné. Je suis vidé. Je repars en marchant pour faire le point. J'ai pas frappé le mur, je le traîne avec moi!! Est-ce que c'est ça le mur? Je sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut pas abandonner, il faut courir et attendre que ça passe. Plus facile à dire qu'à faire!! Je marche encore. Je viens de faire deux kilomètres à 8 min 30 sec/km. Le 37,2e kilomètres approche. C'est non seulement 5,0 km avant la fin, mais il y a une borne de chronométrage. J'y suis presque. J'ai trois choix. Le premier qui me vient en tête: abandonner!! Quel soulagement pendant une fraction de seconde. Mais pas une option. J'ai trois personnes qui m'attendent à l'arrivée. Je vais finir en rampant, mais je lâcherai pas!! Ok, option 2, la plus logique, je vais marcher les cinq derniers kilomètres peinard. Je suis vraiment tanné par contre et petit calcul rapide, j'en ai encore pour une heure!! Nahhh!! Pas question. Il me reste une seule option, repartir à courir et finir ce satané marathon au plus vite!! Ok, option retenue, mais est-ce possible?

Je vois le stade olympique au loin, à moins de 2 kilomètres. Ok, on se motive, je repars tranquillement, juste à temps pour franchir les premiers 37,2 km en 3 h 39 min 01 sec. Je ferai 4 km en 7 min 52 sec/km du 34 au 38e. Je me fais dépasser par les lapins du 2h00 sur le demi et du 4h00 sur le marathon, ça fait un petit pincement au coeur, mais peu importe, j'ai décidé de clencher avec ce qui me restait comme énergie et combativité. Il me reste toujours mon valeureux objectif #1, finir mon premier marathon!! Près du stade, on voudrait arriver, mais on bifurque sur Pie-XI et on aperçoit une marré humaine avec, au 38e km, une bonne côte sur le dernier kilomètre avant de contourner le Parc Maisonneuve par la rue Rosemont. Beau défi en perspective. La pente ascendante, la chaleur, l'humidité et la fatigue est à son comble. C'est fascinant de voir des coureurs éparpillés, assis ou couchés sur les trottoirs, complètement vidés, si près du but. C'est la valse des ambulanciers ou des badauds qui portent secours aux plus démunis. Je me garde motivé en me disant que je suis encore là et que je sens qu'il me reste juste assez d'énergie pour me rendre jusqu'à la fin.

Quel soulagement, une fois sur Rosemont, de voir le  profil du parcours se mettre à descendre, je mets ma power song (Sandstorm de Darude) et je pousse la machine, il m'en reste quoi pour 10 minutes? J'ai vraiment hâte de finir. Tout à coup, une petite pente ascendante à un kilomètre de la fin. Il me semble que c'était pas prévu sur le plan du profil. Peu importe, c'est pas le temps de réfléchir. Ça me casse un peu. Je ralentis, je me décourage. J'arrête de réfléchir et je pousse, l'émotion gonfle à chaque instant. Ça sent la fin, la réussite. Je cours, je cours, je cours, encore une foutu longue distance avant le fil d'arrivé, ça fini plus de finir!! Dans la dernière courbe on sépare les hommes des enfants, les demi-marathoniens à gauche et les marathoniens à droite, avec chacun leur chronomètre. À gauche, un peloton d'une centaine de coureur, à droite nous sommes à peine 5 dans un délai de 30 secondes. J'ai la piste pour moi tout seul, je suis gonflé à bloc, je cours, je cours, je cours. Je pleure.

"Pis la course? As-tu réussi?" :) Oui, en 4 heures 11 minutes et 13 secondes!! :) 5 min 57 sec/km!! :)
J'aurai même fait mes 5 derniers kilomètres légèrement plus rapidement que ceux du 25e au 37e km en 6 min 4 sec/km et en me payant le dernier kilomètre sous la barre des 5 minutes en 4 min 58 sec!! OUF...!!

Prochain blogue: comment se vit l'après course? La suite: Mon premier marathon - L'après course (3 de 3).

1 commentaire:

  1. Vraiment Nice to read c est vrai qu un parcours de marathon est tellement un défi personnel et à chacun sa petite histoire . Je crois qu il faut vraiment avoir couru au moins un marathon dans sa vie pour apprécier la juste valeure de ton parcours ..bravo Manu ..tu étais déterminé et tu l as fini ce sapresti de Marathon !!!

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